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Par Lucie Béchard
Vous le savez, chez ELJ, on est constamment en train de se questionner. Un sujet revient sans cesse dans nos discussions : l’évaluation. Plus précisément, le système de notation en place au Québec.
- Pourquoi donner une note chiffrée est-elle encore le moyen de témoigner du développement d’une compétence?
- Quels sont les impacts des notes sur les élèves?
Après en avoir discuté à maintes reprises et en ayant essayé différentes méthodes alternatives afin de donner une rétroaction constructive à nos élèves, nous en sommes arrivées à plusieurs constats. Aujourd’hui, nous vous faisons part du fruit de nos réflexions et des raisons pour lesquelles nous évitons de donner des notes à nos élèves.
« Je suis fière de moi, j’ai eu la meilleure note de la classe. »
Pour certains enfants, se comparer aux autres n’a pas un grand impact sur leur sentiment de compétence. Mais pour plusieurs, c’est une pression qu’ils ressentent et pas seulement chez nos élèves ayant des difficultés d’apprentissage. Lorsqu’ils reçoivent un travail corrigé, où se posent les yeux en premier? Sur la note bien sûr! Qui ferait autrement? Bien souvent, l’attention s’arrête là. Certains n’iront même pas analyser leurs erreurs et tenter de les comprendre. Le chiffre devient alors l’élément central, alors que l’objectif devrait plutôt être de comprendre ses difficultés et de trouver des moyens de les surmonter.
« Il faut que je travaille plus fort pour avoir de meilleures notes. »
On veut que l’élève soit motivé et engagé dans ses apprentissages. On veut qu’il progresse au meilleur de ses capacités. Pour développer sa curiosité, pour apprendre de nouvelles choses, pour se sentir compétent. Si la note devient le moteur pour faire des efforts, elle devient un frein au dépassement de soi. D’un côté comme de l’autre, elle peut amener l’élève à se désengager si la note est jugée comme suffisante ou, au contraire, si elle est toujours le miroir de ses difficultés. Les travaux de Edward Deci et Richard Ryan sur la Self-Determination Theory montrent d’ailleurs que la motivation intrinsèque, celle qui pousse à apprendre pour comprendre et progresser, est particulièrement importante pour soutenir l’engagement à long terme.
« Même si je fais des efforts, je n’ai jamais de bonnes notes. »
Chez tous les élèves, et particulièrement chez ceux qui ont des défis d’apprentissage, on veut préserver l’estime de soi. On veut aussi développer le sentiment de compétence en permettant à l’élève de vivre des réussites. Le système de notation ne permet pas cela, il n’est pas nuancé de façon à mettre en lumière les progrès de l’enfant.
« Est-ce que c’est bon 80? »
Autant pour les parents que pour les élèves, la note ne leur dit pas grand-chose. Même si on a présenté la façon dont on évalue et que notre barème est disponible, les parents vont se fier à ce qu’ils connaissent des notes selon leur propre expérience. Pour les élèves, ce n’est qu’un objet de comparaison qui manque de clarté pour eux. Alors, si l’objectif est de communiquer l’état de la compétence de l’élève, la note laisse place à l’interprétation et, souvent, à une perception erronée de l’état de la situation. Il faut alors l’accompagner de commentaires assez détaillés pour donner un sens à cette note et pour s’assurer d’une compréhension claire.
« Il faut que je m’améliore, je suis en bas de la moyenne. »
On l’a entendu souvent quand on était jeunes de nos parents et ce sont maintenant ceux de nos élèves qui ont la même réflexion. Or, la moyenne n’est qu’un indicatif de la force du groupe-classe. Cette information n’est utile qu’au titulaire. D’une part, afin de juger de la pertinence de tenir compte d’une évaluation selon la façon dont les élèves se sont débrouillés. Si la moyenne est basse, plusieurs questions sont à se poser :
Donc, la moyenne est un indicateur parmi tant d’autres qui peut permettre à l’enseignante de réguler son enseignement (s’ajuster). Alors, devrait-elle encore apparaitre dans le bulletin?
« Est-ce que ça compte? »
L’évaluation n’est pas un cumul de résultats obtenus lors d’examens. Lorsqu’un enseignant porte un jugement sur la compétence d’un élève, il doit varier les preuves d’apprentissage. Il doit s’appuyer sur :
Lorsqu’on évite de donner des notes, on amène les élèves à comprendre que l’évaluation est un processus continu plutôt qu’un moment ponctuel. Il peut alors développer un rapport positif envers l’évaluation sans minimiser la quantité d’efforts qu’il doit déployer au quotidien.
La rétroaction fréquente est une belle porte d’entrée. À l’oral, elle demande peu de préparation, elle peut être instantanée et elle permet réellement à l’élève de savoir où il en est et ce qu’il peut faire pour progresser. Plusieurs outils sont aussi disponibles gratuitement pour laisser des commentaires écrits de façon efficace :
L’autoévaluation est aussi un moyen efficace pour engager l’élève dans son développement. Elle l’aide à :
Dans les écoles alternatives, les bulletins ne sont pas chiffrés, ils sont commentés. Est-ce que les élèves sont compétents? Est-ce qu’ils sont en mesure de progresser? Est-ce qu’ils savent ce qu’ils doivent améliorer? Tout à fait! En prime, pour la plupart, c’est plus facile de rester motivés et persévérants. Ils savent exactement sur quoi ils doivent travailler, ils sont impliqués dans leur réussite et, surtout, ils conservent leur estime de soi. De leur côté, les parents ont un portrait juste et détaillé des forces et des défis de leur enfant.
Inspirons-nous de ce modèle, qu’on ait un bulletin chiffré ou non, pour offrir à chaque enfant l’occasion de reconnaitre ses forces, de comprendre ses défis et, surtout, que l’évaluation soit au service de LEURS apprentissages.
Parce que c’est pour eux qu’on fait tout ça!
SOS bulletin partie 4 : des outils pour des réponses plus élaborées