- Lecture
Par Caroline Côté
Les preuves ne sont plus à faire : l’analyse du paratexte avec vos élèves fait partie des stratégies de base à mettre en place avant d’entamer une lecture. C’est d’ailleurs dans les premières leçons que je travaille en début d’année : que ce soit l’étude de l’illustration, en passant par le titre, les pages de garde ou la 4e de couverture, rien n’est laissé de côté pour favoriser les liens. Cependant, vos élèves arrivent-ils facilement à faire ces liens entre les indices ? Ont-ils tendance à les prendre isolément, plutôt qu’à les considérer comme un tout indissociable ?
En 2021, je vous proposais une première activité fort simple à réaliser autour du titre des œuvres (vous pouvez la découvrir juste ICI). En ces premières semaines de classe, j’avais envie de vous en partager une autre que j’ai moi-même vécu l’an dernier*. Ce fut un réel succès auprès des élèves ! Voici comment elle s’est déroulée.
(Note : le nombre de périodes est à titre indicatif. Selon votre niveau et votre classe, le temps accordé à cette activité peut être variable)
Avant toute chose
Avant que l’activité ait lieu, je reprends l’analogie des pièces de casse-tête pour faire comprendre que les indices analysés avant la lecture doivent s’imbriquer les uns dans les autres afin de créer une image complète. En lecture, cette image correspond aux prédictions que nous arrivons à formuler, aux intentions que nous pouvons bâtir grâce aux liens créés entre ces indices. Amener un apprenant à faire des prédictions l’engage dans l’activité de lecture en le rendant attentif à sa compréhension du texte. Cela lui permet également de rester actif en confirmant ou en ajustant ses prédictions au fur et à mesure qu’il découvre le texte (Barriault, 2022) J’utilise régulièrement ce visuel, surtout en début d’année. Je m’assure qu’il est toujours à la vue des élèves.
Si vous aimez l’idée derrière cette analogie, vous pouvez cliquer sur l’image pour accéder au document !
Période 1
Des livres sont sélectionnés et placés dans un sac de manière à ce que les élèves ne puissent pas les voir (ici, nous avons choisi des sacs cadeaux bien vibrants – il n’y a pas de mal à mettre un peu de folie, après tout !) Sur ces derniers, le titre est inscrit d’un côté, et de l’autre, le résumé (en partie ou en entier). Les pièces de casse-tête « titre » et « résumé » sont présentées aux élèves.
J’annonce alors aux élèves qu’ils devront, avec leurs partenaires, s’entendre et écrire une première prédiction en faisant des liens avec ces deux premiers indices. Pour écrire leur prédiction, chaque équipe reçoit des Post-its d’une couleur précise pour mieux les différencier. Durant la période, les élèves se déplacent d’un sac à l’autre. Chaque fois, ils viennent afficher leur prédiction au tableau. Cette dernière est prise en note pour la période suivante, et nous discutons en grand groupe de leurs réponses. L’activité se termine sur cet échange (les élèves sont un peu offusqués – oups! – et impatients de continuer le lendemain.)
Période 2
Les élèves retrouvent leurs partenaires et un sac leur est distribué. Nous revenons sur l’objectif de l’activité, ce qui est travaillé, et les prédictions initiales sont remises à la vue. Toujours pour faire des liens avec l’idée de casse-tête à construire, les pièces « page de garde » et « illustrations » sont alors présentées. Ce sont les deux éléments du paratexte qui s’ajoutent. Au signal, ils sortent le sac du livre. Ce moment vous fera certainement sourire: on attend des « Ah ! On a raison ! » Ou « Oh ! Regarde, c’est plutôt… » un peu partout dans la classe.


Leur travail est donc de reprendre tous les indices offerts, et de recréer des liens pertinents, au besoin, entre les éléments du paratexte pour chaque livre. Ils doivent alors se questionner : leur prédiction était-elle juste ? L’illustration amène-t-elle des informations supplémentaires ? Vont-ils se réajuster ou demeurer avec la même intention ? Une fois de plus, nous prenons en note leur réponse et partageons ce que chaque équipe a noté. Il s’agit d’un moment important: nous parlons des liens forts qui semblent établis, ceux qui semblent moins précis, et tentons de comprendre pourquoi ils le seraient.

Pour clore l’activité, nous bâtissons un tableau d’ancrage avec les élèves. Nous nous servons alors de tous les comportements observés pour consigner ce que fait un lecteur avant de lire.
Et après ?La période suivante, les œuvres sont lues. Il s’agit d’un autre moment primordial, et l’essence même de l’activité : les élèves peuvent alors valider ou réajuster leurs prédictions initiales, évaluer s’ils ont tenu suffisamment compte des éléments du paratexte pour bâtir des prédictions valables ou encore, réaliser que malgré les indices, les auteurs et les illustrateurs peuvent nous surprendre, nous amener ailleurs, ce qui est d’autant plus intéressant.
Les avantages
Nous avons souvent fait référence à cette activité au cours de l’année. Le dévoilement progressif, l’analogie, les discussions et les retours en grand groupe en font un moment non seulement amusant en début d’année, mais tout aussi important : les élèves arrivent à mieux comprendre la pertinence de relier tous les éléments du paratexte entre eux. Des bases solides sont ainsi installées, et ce, pour le reste de l’année.
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* L’activité proposée dans cet article est adaptée de l’ouvrage de Julie Provencher, Et si on s’intéressait aux réponses des élèves ? Mieux enseigner les stratégies de compréhension et de justification en lecture 5 à 12 ans, Chenelière Éducation, 2023 p.30.
Source citée
Barriault, L., Les prédictions en lecture, à quoi ça sert ?, blogue les Éditions Passe-temps, 2022, https://passetemps.com/blogue/les-predictions-en-lecture-a-quoi-ca-sert-n4368