- Lecture
Par Sarah-Jane Poirier, conseillère pédagogique en adaptation scolaire, CSSRDN
Un de mes auteurs préférés de romans à suspense est Joël Dicker. J’ai lu tous ses livres et je les aime tous ! Vous comprendrez donc que lorsque j’ai su qu’il avait écrit un livre destiné aux 7 à 120 ans (façon amusante pour l’auteur de dire que ce roman peut plaire à tous les âges), j’étais plus qu’heureuse de tenir ce livre entre mes mains. Ayant un fils de 10 ans, j’allais lire avec lui son premier livre de Joël Dicker, en espérant qu’il tomberait lui aussi sous le charme de sa plume.
Nous nous sommes donc rapidement plongés dans ce livre, que nous avons lu en lecture feuilleton (presque) tous les soirs, savourant chaque page dans notre quête pour comprendre ce qui s’était réellement passé au zoo. Dès le départ, le titre accrocheur donne le ton et oriente notre intention de lecture. Comme dans plusieurs romans de Joël Dicker, chaque chapitre apporte son lot de rebondissements et d’indices inattendus, nous entraînant dans une enquête où rien ne semble certain. Fidèle à son style, l’auteur nous garde en haleine jusqu’aux toutes dernières pages, où tout s’imbrique enfin, souvent à notre grande surprise. C’est là toute la force de son écriture : nous croyons comprendre, mais il parvient toujours à nous déjouer.
Ce qui rend aussi cette histoire captivante, c’est que ce sont les enfants eux-mêmes qui mènent l’enquête. Cela permet aux jeunes lecteurs de s’identifier aux personnages et de se sentir investis dans la résolution du mystère. D’ailleurs, les personnages sont profondément attachants, chacun avec ses particularités et sa sensibilité. Ils suscitent rapidement l’empathie et l’intérêt des lecteurs.
Je vous invite donc à vous plonger vous aussi dans cette enquête avec vos élèves et pourquoi pas avec vos enfants (vos premiers cobayes pour bien vous préparer). Ainsi, la lecture feuilleton est parfaite pour un roman de ce calibre. Elle permet de savourer l’histoire en plusieurs temps, tout en maintenant le suspense. Cela favorise aussi les échanges et la compréhension. Ce roman peut d’ailleurs servir de déclencheur à un réseau littéraire sur les enquêtes policières.
En effet, l’auteur respecte bien les codes du roman policier. Le vocabulaire est spécifique à l’univers de l’enquête, ce qui permet, avec les élèves, de faire ressortir le champ lexical lié à la thématique des enquêtes. Dans un premier temps, avant la lecture, puis dans un deuxième temps, on l’enrichit avec notre lecture de l’œuvre. Nous pourrions même classer le vocabulaire relevé dans un tableau à deux colonnes : une première pour le vocabulaire plus générique, et une deuxième pour le vocabulaire spécialisé. Ce que je trouvais aussi intéressant, c’est que lorsque mon fils et moi rencontrions un mot qui, selon moi, devait être expliqué, il était tout de suite clarifié par la narratrice, qui est une enfant du livre. C’était donc expliqué avec des mots qui parlent à l’enfant.
Un autre élément qui pourrait soutenir la compréhension des élèves et aider au rappel de l’histoire serait de faire un tableau des suspects. Ainsi, après chaque lecture, on prend le temps d’ajouter de nouveaux indices sur les suspects possibles du livre. On peut aussi demander aux élèves de faire des suppositions, d’ajouter leur petite touche de fibre d’enquêteur.
Ce roman se distingue aussi par le fait que les personnages principaux sont des élèves de classe spécialisée. Au début du livre, ils doivent déménager dans l’école des enfants « normaux » (c’est ainsi que c’est nommé dans le livre). Je trouve que, juste là, on a une belle discussion à avoir avec nos élèves : qu’est-ce qu’on entend par élèves normaux ? Qu’est-ce que la normalité ? Clin d’œil ici au livre de Michaël Escoffier : Les gens normaux. À noter que le roman ne confirme pas de quel type de classe spécialisée il est question. Il laisse place à l’interprétation, ce qui peut être une richesse pédagogique pour aborder la diversité des profils d’apprentissage et la perception de la différence. L’auteur reste probablement volontairement vague pour favoriser une lecture inclusive et éviter les étiquettes.
Par ailleurs, pour les familles qui aiment écouter des histoires ensemble, le livre est aussi disponible en version audio sur Audible (service payant), ce qui peut être une belle façon de vivre l’enquête autrement.
Enfin, je vous encourage également à proposer aux parents de vos élèves de lire eux aussi le livre. Cela peut ouvrir la porte à des échanges riches à la maison et renforcer le plaisir de lire en famille.
Bref, un roman à découvrir absolument, que ce soit en classe, à la maison ou en famille pour le plaisir de lire, de réfléchir et d’enquêter ensemble !