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Considérer les profils de parleurs pour créer ses groupes de discussion

  • Caroline Côté

Par Caroline Côté

Quelques mois nous séparent maintenant du début de l’année. Vous avez multiplié les occasions en lecture pour échanger en grand groupe, avec un partenaire ou en petites équipes. Quel est votre constat jusqu’à maintenant ? Comment se déroulent les discussions entre vos élèves ?

Avez-vous les mêmes observations que les miennes ?

  • Ce sont souvent les mêmes élèves qui participent, animent, alimentent.
  • C’est un réel défi d’amener certains élèves à prendre leur place.
  • La crainte que nos observations ne soient pas toujours justes sur certains élèves en raison des inégalités dans la prise de parole.

Résultat ? On peut rapidement avoir l’impression que certains comprennent mieux que d’autres simplement parce qu’ils parlent davantage. À l’inverse, d’autres peuvent nous laisser croire qu’ils sont moins engagés ou qu’ils ont une compréhension moins juste en raison de leur discrétion.

J’ai suivi une formation très pertinente sur la communication orale avec Christian Dumais dans les dernières années. Pour répondre à ces enjeux, il a entre autres abordé la notion de « profils de parleurs », et de les utiliser afin de former nos équipes avec des intentions encore plus précises. Vous connaissez ? Je vous partage ce qui a retenu mon attention.

Observer les profils de parleurs

Qui parle spontanément ? Qui intervient seulement lorsqu’on l’y invite à le faire ? Qui écoute activement sans nécessairement parler ?

C’est le genre de questions à se poser afin de créer ce qu’on appelle « nos groupes conversationnels ». Nos observations doivent être basées sur le nombre d’interactions faites en classe par chaque élève en général et non sur leurs habiletés langagières en tant que telles (ex: un élève peut éprouver des difficultés d’accès lexical ou un trouble langagier, mais prendre la parole régulièrement et ainsi, être considéré comme un grand parleur).

Ici, il ne s’agit pas de « classer » ou « d’étiqueter » les élèves. Le but est plutôt de mieux planifier nos groupes de discussion afin de varier nos stratégies d’accompagnement et de permettre à tous les élèves de se faire reconnaître.

Trois profils se dessinent alors :

  • interviennent rarement de façon spontanée.

  • peuvent réfléchir plus longuement avant de s’exprimer.

  • peuvent être très attentifs et bien comprendre, mais restent souvent silencieux.

  • participent de façon modérée et régulière.

  • peuvent intervenir lorsqu’ils se sentent sûrs ou sollicités.

  • démontrent un équilibre entre écoute et prise de parole, mais peuvent aussi parfois rester en retrait si d’autres prennent plus de place.

  • prennent la parole facilement et fréquemment.

  • sont généralement spontanés, dynamiques et à l’aise pour expliquer leurs idées.

  • risquent de monopoliser la discussion et de ne pas toujours écouter activement les autres.

Former les groupes avec intention

Des groupes homogènes ou hétérogènes ? L’important demeure la variété. Cependant, l’intention derrière un regroupement peut nous amener à en privilégier un plutôt qu’un autre.  Voici ce que Dumais met en lumière :

  • Les groupes hétérogènes : ils favorisent la complémentarité à condition d’enseigner explicitement des règles de discussion (tours de parole, reformulation, relances à partir du texte, etc.), car les grands parleurs peuvent facilement prendre l’espace.
  • Les groupes de petits parleurs : ils créent un espace sécurisant où la parole peut émerger lentement, sans pression ni compétition. Les élèves osent davantage. En fait, ils se voient dans l’obligation de se lancer, car ils ne peuvent pas rester dans le silence. Ils finissent par découvrir qu’eux aussi ont une voix. Nous pouvons ainsi les soutenir plus facilement dans leur prise de parole spontanée.
  • Les groupes de grands parleurs : ils confrontent ces élèves à une réalité où tout le monde veut parler . L’objectif peut paraître un peu contre-intuitif, mais il est fort intéressant, car ce regroupement peut devenir un puissant levier de prise de conscience pour ces élèves. Notre rôle est donc de leur apprendre à se réguler, à écouter, à négocier l’espace de parole tout en gardant leur bel enthousiasme.

Autres astuces

  • Offrir un temps de réflexion individuelle avant les discussions : écrire quelques mots clés, des annotations ou une question à poser permet aux petits parleurs d’avoir sous les yeux ce dont ils veulent parler et aux grands parleurs de structurer et ralentir leur prise de parole.
  • Mettre en place des rôles clairs afin de structurer les interactions, favoriser l’écoute et équilibrer les tours de paroles.
  • Utiliser des outils visuels pour rendre explicites les tours de paroles : bâton-micro de la parole, jeton-carte à déposer devant soi pour montrer la prise de parole ou pour montrer l’atteinte du nombre limite de prises de paroles. Pour les grands parleurs, il peut s’agir d’un outil pour apprendre entre autres la concision et/ou la pertinence des propos. Pour les petits parleurs, cela devient un coup de pouce pour les amener à partager leurs idées.
  • Enseigner explicitement ce que veut dire « bien participer » : offrir des amorces de phrases, valoriser l’écoute active, souligner les gestes favorables à la discussion.

Et sans oublier …

Dumais nous rappelle que notre rôle n’est pas de faire parler les élèves de la même façon, mais plutôt de créer des conditions équitables et variables de prise de parole en considérant les profils de chacun. N’oublions pas également que la compétence en lecture ne se démontre pas uniquement par la quantité de paroles qu’un élève peut produire. Que ce soit dans un groupe hétérogène ou entre petits ou grands parleurs, nos observations doivent aussi porter sur :

  • leur capacité à écouter et à rebondir sur une idée;
  • la qualité de leurs interventions (même peu nombreuses !);
  • leurs liens avec le texte;
  • leurs notes et leurs traces écrites pour la discussion.

Des ressources à lire ou à relire 

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Contributeurs

Caroline Côté
Collaboratrice

Caroline Côté

Collaboratrice

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