- Lecture
Par Annie Gravel

Photo prise par Martin Laliberté et publiée avec l’autorisation de l’autrice
La collection noire de La Courte Échelle n’a plus à se faire présenter. Tantôt frissons d’horreur, tantôt suspense et enquêtes captivantes, on y retrouve toujours un rythme soutenu parfait pour les lecteurs Adrénaline (cliquez ici pour en savoir plus sur les profils de lecteurs selon Sarricks). La présentation graphique rend la lecture très dynamique pour les lecteurs, même les plus récalcitrants. Nous avons parlé à plusieurs reprises sur le blogue de ces petits bijoux littéraires, mais voilà qu’un petit nouveau vient tout juste d’être publié pour les 9 ans et plus.
L’idée de cet article est partie d’une longue conversation de plusieurs messages vocaux entre Alexandra et moi à la suite de notre lecture. Elle et sa collègue ne s’entendaient pas sur leur interprétation de l’œuvre et m’ont demandé mon avis. Voilà que j’arrivais avec une tierce compréhension! Étant une lectrice qui déteste les non-dits, Alexandra a immédiatement écrit à la maison d’édition pour avoir des précisions de l’autrice. Elaine Turgeon s’est retrouvée ravie que son œuvre donne lieu à des discussions enlevantes – elle a réussi sa job selon elle! Tout cet échange a piqué ma curiosité et j’ai eu la chance de rencontrer l’autrice pour discuter avec elle de son roman.
Je vais devoir vous « vendre le punch » pour bien vous parler de l’œuvre, mais retenez que pour une lecture feuilleton, je laisserais tout le doute planer afin de faire ressortir les différentes interprétations des élèves.
Dans le roman, on retrouve deux histoires en parallèle. Celle d’un auteur qui s’enferme dans un chalet sans wifi, sans téléphone, sans voisin pour se forcer à écrire. L’autre histoire est en fait celle que l’auteur est en train d’écrire, mais ce ne sera pas textuellement dit avant la fin! On comprend que l’auteur s’inspire de ce qui se passe dans son séjour pour écrire son manuscrit. Toutefois, on assiste à un revirement de situation quand le manuscrit commence finalement à prendre vie dans celle de l’auteur…
La narration à la deuxième personne du singulier est différente de ce qu’on lit habituellement. « Un vieil ami t’a déposé ici, en voiture, il y a trois jours. […] Il n’y a personne. Encore aucun voisin. C’est parfait pour toi. Tu veux être seul. Sans distraction. Tu as des provisions pour un mois. Tu prendras bien soin de ne pas te blesser. Parce que tu n’as pas de voiture. Pas de téléphone. Pas de connexion internet. Tu seras coupé du monde, seul et isolé. » En plus d’être original, on se sent rapidement impliqué dans la lecture et ça nous amène beaucoup de questions. Est-ce le discours intérieur de l’auteur? Est-ce un observateur extérieur? On finit notre lecture sans avoir cette réponse alors chaque élève ira de sa propre interprétation.
Dans le manuscrit, le jeune Elliot trouvera sur la table une note de sa mère « De retour dans 30 minutes. xx » à son arrivée au chalet. Le temps passe, mais maman ne reviendra pas… Quand j’ai parlé avec Elaine, elle m’a avoué s’être inspirée de son ado afin de trouver ce qui ferait le plus peur à un enfant. Ce n’est pas un monstre, un esprit, un inconnu bizarre… non, la plus grande peur des enfants, c’est d’être laissé seul quelque part et de perdre son parent. On est loin de l’imaginaire, on s’ancre dans le réalisme pour que les lecteurs s’identifient au personnage et ressentent les émotions vivement.
Dans la narration de l’auteur, on retrouve des photos réelles de son séjour au chalet. Dans le manuscrit, on retrouve des illustrations en noir et blanc, aucun gris. Ces illustrations n’ont que ces deux valeurs, ce qui ajoute clairement au glauque et au sombre de l’histoire. Une grande place au noir laisse aller l’imagination sur ce qui pourrait se retrouver dans l’obscurité…


Extrait publié avec l’accord de la maison d’édition
Je vous invite à observer l’ordre des photos et des illustrations. C’est l’illustrateur Martin Laliberté qui m’a fait remarquer qu’on voit au début du roman la photo en premier et ensuite l’illustration du manuscrit… parce que l’écrivain s’inspire de ce qui lui arrive pour écrire son histoire. Toutefois, quand le manuscrit devient réalité et qu’il lui arrive ce qu’il a écrit, l’ordre change et l’illustration prend place avant la photo.
Ce qui est riche des discussions littéraires entourant une lecture feuilleton, c’est qu’à plusieurs yeux et plusieurs oreilles pour écouter une même histoire, on aura assurément quelques élèves qui remarqueront ce détail même si celui-ci m’avait échappé à ma première lecture!
Personnellement, j’adoooooore les fins ouvertes! Ici, on est choyés. Je vous confirme que la chute permettra un riche échange entre les élèves.
Remarquez ici le mélange entre photo et illustration…

Extrait publié avec l’accord de la maison d’édition
Après ma lecture de l’œuvre, j’ai tout de suite imaginé le grand potentiel d’une lecture feuilleton de ce roman. Et le mois d’octobre serait évidemment idéal pour cette lecture épeurante (mais pas trop!) Elaine Turgeon est directrice de la collection d’albums Motif(s) chez Druide, où l’interprétation joue un grand rôle et où la compréhension n’est pas souvent explicite, elle s’est amusée à recréer cette atmosphère dans le roman. Je lui ai demandé comment elle préparerait une telle lecture avec des élèves. Ensemble, nous avons convenu qu’il valait mieux ne pas en dire trop.
Vos élèves seront peut-être surpris d’apprendre qu’Elaine s’est réellement inspirée d’un séjour dans un chalet pour écrire cette histoire de peur. Ce sont même ses propres photos qu’on peut observer dans le livre. Oui oui, la cabane à sucre existe vraiment en haut de la côte! Voici l’autrice qui tient son livre devant et qui n’ose pas y entrer par peur de ce qui pourrait lui arriver!

Photo prise par Martin Laliberté et publiée avec l’autorisation de l’autrice
J’ai demandé à l’autrice ce qu’elle aimerait dire à toutes les enseignantes qui liront cet article. Je lui laisse donc le mot de la fin.
Pour vous procurer le livre dont il est question…