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Par Sarah-Jane Poirier, conseillère pédagogique d’adaptation scolaire, CSSRDN Il y a longtemps que je souhaitais écrire un article sur l’auteur, illustrateur et peintre Antonin Louchard. J’ai découvert son univers dans un atelier au congrès de Mots et de craie (DMDC) en 2021 et je fus charmée ! Laissez-moi donc vous le présenter et vous parler brièvement de certains de ses livres (à noter qu’il a écrit une centaine de livres). Avant d’entrer dans son univers littéraire, il est intéressant d’en savoir un peu plus sur son parcours. Né en 1954 à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, il a grandi à Rennes et à Larmor Plage près de Lorient. Au début des années 90, il était journaliste scientifique pour la revue Science et vie, pour laquelle il réalisait également quelques illustrations. Il a vite compris qu’il pouvait gagner sa vie en dessinant. C’est donc à l’âge de 40 ans qu’il devient auteur-illustrateur. Ses premiers projets incluent Tête à classe, Portrait de maitre et Demain je serai pirate. L’accent était surtout mis sur les illustrations, mais petit à petit, il réalise qu’il est plus riche de mélanger, de façon plus consistante, le texte et les illustrations. C’est par le livre Vous n’avez pas vu mon nez qu’il se lance dans un projet où le texte prend plus d’importance. C’est d’ailleurs l’un des rares cas où il écrit le texte avant de réaliser les illustrations. En écrivant ce livre, il prend gout à ce travail et réalise que c’est dans le rapport texte-image que réside l’intérêt de cette profession. Lors de cette rencontre à DMDC, Antonin Louchard nous a ouvert la porte de son processus d’écriture. Il nous a expliqué que ses récits se construisent à mesure que le dessin apparait. Il décrit ses livres comme des saynètes. Par exemple, dans Bouh ! Le livre qui fait le plus peur au monde, l’idée lui est venue en dessinant le petit fantôme.
Lorsqu’il nous a présenté certains de ses classiques, j’ai vraiment pu découvrir un auteur dont les traits dominants sont l’humour au second degré, l’absurdité et la poésie, avec des rapports texte-image complexes et originaux. On y retrouve des ritournelles en rimes et des comptines phoniques illustrées (ex : Oh ! la vache, C’est la p’tite bête, Dans la galette il y a, Gribouillis Gribouillons). Ces livres se prêtent d’ailleurs bien à une écriture à la manière de l’auteur.

Ce que j’aime bien aussi dans sa littérature, c’est qu’il s’attarde à des préoccupations d’enfants, des situations qui leur sont accessibles et qui parlent d’activités rejoignant leur quotidien. Ce qui, pour les adultes, peut rappeler certains souvenirs d’enfance. Par exemple, dans Les bottes, le protagoniste est un enfant qui n’arrive pas à mettre ses bottes, si bien qu’il manque sa récréation. Dans La piscine, il s’est inspiré de sa propre enfance, car enfant, il avait horreur de la piscine et son odeur de chlore. Il en fut d’ailleurs bien traumatisé ! Puis, un de mes coups de cœur est Super cagoule, qui fait un clin d’œil à la cagoule de laine qui gratte et qui ne met pas du tout en valeur notre tête durant la saison froide. Le personnage de ce livre, un petit poussin, semble bien naïf, mais en réalité, il réussit à déjouer tous les stéréotypes du personnage.
Il a aussi écrit un documentaire narratif : Le crocolion. Sur les pages de gauche, un petit lapin pose une question à son savant papa et à droite, on trouve la réponse illustrée par une photo. La fin inattendue peut mener à un projet sur le croisement rigolo d’animaux.
Puis, plusieurs de ses grands succès sont des livres instrumentalisés en jouet. Par exemple, pour le livre Sur la bouche, l’enfant doit embrasser les pages avant de les tourner. Dans Looping, le lecteur doit tourner le livre dans tous les sens tout au long de la lecture. Vous imaginez comment cela se termine… Par un vomi ! Si vous souhaitez explorer ce même genre d’univers littéraire, je vous suggère les livres d’Hervé Tullet. À première vue, nous pourrions dire que ses livres s’adressent uniquement aux enfants, mais l’auteur se donne le défi que ses livres permettre aux parents et aux enfants de partager le plaisir de lire ensemble. C’est d’ailleurs pour cela que lorsqu’il écrit, il a souvent en tête l’histoire du soir. Je terminerais en reprenant les mots d’Antonin Louchard : le livre est un jouet pour lequel on tourne des pages, il se décline dans le temps, dans l’espace, au fil des pages que l’on tourne. Bonne découverte!
Pour vous procurer les livres dont il est fait mention dans l’article: