- Lecture
Par Annie Gravel
Pour faire de vos élèves des lecteurs pour la vie, il est essentiel de les faire lire pour le plaisir tous les jours. Dans ma classe, nous appelons cette période la zone lecture – en référence à l’ouvrage du même titre écrit par Nancie Atwell et Anne Atwell Merrel paru en 2017. Cet ouvrage est un essentiel pour tout pédagogue souhaitant établir une communauté de lecteurs au sein de son école. Et après tous les efforts mis pour travailler l’endurance à la lecture à soi, à faire connaître les profils de lecteurs aux élèves pour qu’ils prennent eux-mêmes des livres à leur pointure et selon leur goût dans la bibliothèque de classe, quelle est la prochaine étape pour propager cet amour de la lecture? Les discussions littéraires! C’est la suite évidente d’un moment de lecture. On ne le dira jamais assez sur le blogue, lire est un acte social, il FAUT donner la chance aux élèves de parler de leurs lectures avec les autres. Quoi de plus convaincant qu’un ami qui nous parle de son dernier coup de cœur? Bye bye les lecteurs récalcitrants!
Voici mes trucs et astuces pour faire de cette période un moment riche et réussi : Inclure la discussion littéraire dans la planification Dans ma classe, nous avons une discussion littéraire « officielle » chaque semaine à notre période de bibliothèque. On s’installe en cercle dans le local (nous avons la chance d’avoir une belle grande bibliothèque à l’école), ça fait différent et c’est plus festif de le faire à même la bibliothèque puisqu’on baigne déjà dans les livres! On se demande parfois comment jazzer notre période de bibliothèque, voici une bonne façon de rendre l’utile à l’agréable! Je réserve environ 30 minutes à notre discussion. Nous avons donc généralement le temps de présenter 4-5 livres.
Je mets officielle entre guillemets puisqu’il est évidemment très fréquent qu’après une période de lecture, mes élèves se lèvent spontanément pour aller discuter de leur lecture avec leurs partenaires ou leurs amis. J’ai également parfois des élèves qui lèvent leur main et désirent partager aux autres comment s’est déroulé leur moment. J’adore cette spontanéité et elle est importante aussi, mais ce n’est pas de ça dont il sera question dans cet article! Être préparé à écouter (tant pour vous que pour eux!) Dans notre carnet de lecture, nous avons laissé une place pour y inscrire la liste des livres que nous aimerions lire au courant de l’année. Celle-ci s’allonge au fur et à mesure que l’année avance. Ainsi, il est essentiel d’avoir cette liste lorsque nous écouterons les présentations afin de garder à l’écrit des idées potentielles lorsque nous n’aurons plus rien à lire.
Pour l’enseignante maintenant, la discussion littéraire est incroyable parce que ça donne une merveilleuse trace de la compétence à lire en plus d’une occasion authentique pour prendre la parole devant un groupe. Les élèves ne se rendent même pas compte que c’est encore mieux qu’une présentation orale dans le fond! Je vous invite à apporter une liste d’élèves pour y noter vos observations subtilement. Attention, ils ne doivent pas penser qu’il s’agit d’un examen! On mise vraiment sur le partage d’un coup de cœur littéraire spontané. Plus vous donnerez l’occasion à vos élèves de parler de lecture, plus ça deviendra fluide et pertinent. La liste me permet également de cibler quel élève n’a jamais présenté. Je peux ainsi avoir une discussion avec lui pour savoir ce qui le retient de le faire et l’encourager à essayer.
Enseigner explicitement le déroulement d’une présentation littéraire Tant pour les élèves qui écoutent que pour ceux qui présentent, un tableau d’ancrage est essentiel pour que la période soit réussie. Vos élèves se souviendront de la co-construction du tableau davantage que son aspect visuel. Préparez les grands titres et laissez-vous guider par ce que vos élèves diront, ils pourraient vous surprendre!
Pour ma part, je vise quelques élèves dans les jours précédents notre dégustation, surtout si ce sont des élèves plus réservés, pour leur donner le goût de présenter leur livre. En amont, je demande à ce que le livre choisi par l’élève soit un livre qu’il aime (le but est de donner le goût aux autres de le lire), qu’il a lu dernièrement (je veux éviter les trous de mémoire pendant la présentation) et qui pourrait plaire aux autres. Ensuite, la discussion prend toujours la même forme :
Ces trois éléments permettent de créer des liens entre les œuvres lues en classe ou par les élèves. Lorsqu’un élève présentera le dernier roman de Jocelyn Boisvert, on peut en profiter pour nommer quelques titres déjà présentés par cet auteur pour encourager les élèves à écouter.
L’élève nous parle ensuite de son appréciation générale. Il peut nous raconter l’histoire sans divulgâcher (attention, c’est un apprentissage en soit!), nous parler des personnages, nous dire ce qu’il a aimé et lui donner une note sur 10. Son discours n’est pas préparé à l’avance, je répète qu’on vise la spontanéité. Le rôle de l’enseignante et des autres élèves est de renchérir s’ils ont aussi lu le livre ou de poser des questions pour préciser son discours. Par la suite, l’élève qui présente mentionne à quel genre de lecteur ce livre pourrait s’adresser en se basant sur le profil de lecteur, le niveau de lecture ou encore sur le genre littéraire par exemple. Les élèves qui écoutent se sentiront interpellés directement lorsqu’on dressera un profil qui leur ressemblera! On alloue finalement une période de questions et on passe au prochain.

Parfois, revenir à la base permet d’instaurer des routines vraiment pertinentes et oh combien gagnantes pour les élèves. Ici, on cherche à les faire discuter de leurs dernières lectures aimées pour donner aux autres le goût de tomber amoureux avec les livres. N’est-ce pas si simple quand on y pense?
Si jamais cet article vous a interpellé.e et que vous aimeriez en apprendre davantage sur la discussion littéraire, la zone lecture, et plus encore, nous vous invitons à vous inscrire à la formation Connaitre ses lecteurs et diversifier sa bibliothèque disponible en visioconférence le 30 novembre prochain de 9h00 à 11h30. La formation est offerte par notre équipe en collaboration avec le continuum de l’Université de Montréal. Le lien cliquable est juste ici.