- Lecture
Par Annie Gravel

Lorsque j’ai reçu Les saumons de la Mitis aux éditions De La Bagnole, j’étais vraiment sceptique. Ouf, un documentaire sur les saumons, vraiment? Je n’avais jamais lu le travail de Christine Beaulieu, je partais donc complètement de zéro. Bien malgré moi, je jugeais le choix du sujet… qu’y avait-il vraiment d’intéressant à dire sur ce poisson?
Et bien, dès les premières pages, j’ai été absolument conquise. Revirement total! Au fil de ma lecture, je savais que ce serait un immense coup de cœur et je n’avais qu’une hâte; faire vivre cette expérience unique à mes élèves. Quand je dis une expérience unique, c’est parce qu’il n’y a pas vraiment de mots pour décrire cette œuvre. Selon Les Libraires, il s’agit d’un théâtre documentaire poétique dans lequel les lecteurs se mettent dans la peau d’un œuf de saumon. Ça fait beaucoup mis tout ensemble, mais c’est en effet un peu de tout ça, et plus encore!
Dans cette lecture, on remet en scène une pièce de théâtre de 2022 en incluant les spectateurs (lecteurs) puisqu’ils joueront un rôle important dans celle-ci. Dans le prologue, Christine remet une bille à chacun d’eux et les invite à « couver chaleureusement œuf » avant de leur souhaiter un bon spectacle. C’est exactement comme ça que j’ai commencé la période avec mes élèves. Je les ai également invités à se mettre dans la peau d’un œuf de saumon. Dès les premières pages, on a rencontré notre maman saumon qui nage dans la rivière Mitis pour frayer et on en apprend plus sur cette reproduction. Dès lors, « nous sommes 8000 œufs. »

pages diffusées avec l’accord de l’éditeur
Toutefois, on apprendra rapidement que lorsque les conditions ne sont pas idéales, très peu d’œufs finiront par éclore. Ils ne seront que 500 alevins à poursuivre leur vie de futur saumon. S’ensuivent alors plusieurs obstacles, tels que des prédateurs ou des conditions météorologiques mauvaises, qui feront descendre le nombre initial de poissons. Vous comprendrez que le nombre de billes descendra aussi… jusqu’à ce qu’on atteigne un nombre plus petit que le nombre d’élèves en classe! À ce moment-là, j’ai demandé à mes élèves de choisir quelles billes resteront en vie jusqu’à la prochaine étape. C’était une merveilleuse expérience sociale à vivre en groupe. Naturellement, plusieurs élèves se sont levés et ont déposé leur bille dans le pot. Toutefois, sans vouloir divulgâcher, le nombre est plutôt petit à la fin. Il fallait prendre de difficiles décisions et j’ai laissé mes élèves de 5e année complètement autonomes. Ça aura pris cinq bonnes minutes avant qu’ils arrivent à un consensus après un argumentaire de qui fera le meilleur saumon et pourquoi. J’ai vu des aspects de la personnalité de certains qui m’ont beaucoup surprise!

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Vous dire comme les élèves ont été à la fois surpris et engagés dans la lecture! Ils réagissaient tellement fortement lorsque le nombre descendait et ils faisaient plusieurs liens avec ce qu’on avait appris en univers social en lien avec l’industrie forestière et la drave par exemple. Plus tard dans l’année, lorsque nous avons abordé les barrages hydroélectriques, les élèves se rappelaient leur impact sur la vie des poissons que nous avions appris dans ce livre. C’est assurément une œuvre multidisciplinaire très riche!
Avant que tu commences la lecture, je n’aurais jamais pensé que j’aurais été capable d’être triste pour un œuf de poisson.-Jérémy, 10 ans
Pour qu’un élève de 10 ans sorte cette phrase à la fin de la lecture, c’est montrer à quel point les élèves ont réagi spontanément à l’œuvre. Et c’est là la clé! L’autrice a été capable de faire passer un message percutant sur la fragilité de la nature et que « la destinée de toutes les autres espèces de la Terre est entre nos mains, comme cette bille…». Je pense qu’ils retiendront longtemps son message. Et que dire des illustrations au crayon de bois de Caroline Lavergne, elles sont spectaculaires!

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J’espère que cet article vous aura convaincu de le lire! C’est assurément mon coup de cœur littéraire des dernières années, ce n’est pas peu dire! Non seulement pour moi, pour ce que MOI j’ai ressenti en lisant et en apprenant sur la vie des saumons, mais aussi pour la richesse pédagogique de ce moment vécu en classe.
Pour vous procurer l’œuvre dont il fait mention dans l’article :