- Lecture
Par Marie-Philippe Goyer
Le 1er octobre, c’est la journée internationale des personnes âgées, mais toute l’année, la vieillesse est un thème qui mérite sa place dans nos classes. Nos élèves vivent souvent aux côtés de personnes âgées (grands-parents, arrière-grands-parents, voisins) sans toujours comprendre leurs réalités, leurs émotions et surtout, leurs histoires. Plusieurs albums sont de beaux tremplins pour ouvrir la discussion, permettre à nos élèves de développer l’empathie et les inviter à porter un autre regard sur les aînés.
Je vous propose donc 6 œuvres qui, chacune à leur manière, mettent en lumière la richesse de la vieillesse. À mes yeux, les 3 premières méritent qu’on s’y attarde d’abord :

Celles qui me connaissent sont probablement tannées que je parle encore de ce bijou! Cet album donne la parole à une vieille voiture, usée par le temps, qui raconte sa vie à la première personne. Dans un touchant retour en arrière, elle partage ses meilleurs comme ses moins beaux moments, et démontre qu’elle a encore la fougue de sa jeunesse. Par le procédé de la personnification, l’auteur permet aux jeunes de s’attacher à un objet qui, malgré l’usure et l’oubli, se sent encore « belle et jeune ». C’est un récit tendre, nostalgique, qui nous rappelle combien il est essentiel de donner de l’espace aux voix qu’on oublie trop souvent, comme celles des personnes âgées.
En classe : proposer aux élèves de choisir un vieil objet de leur maison et de lui inventer une histoire racontée au « je ». L’activité met en valeur la mémoire familiale, tout en consolidant la maîtrise de la narration et de la personnification.

Le parfait album en complément à celui ci-haut ! Ici aussi, c’est un objet qui prend la parole : une maison abandonnée. Mais la tonalité n’est pas la même. La maison, tout comme la vieille voiture, raconte sa vie de manière nostalgique. Toutefois, marquée par les épreuves qu’elle a traversées (comme le départ des habitants qu’elle aimait), elle rejette les nouveaux habitants. Elle porte en elle de la tristesse, une certaine amertume, et elle met du temps avant de se laisser apprivoiser.
En classe : comparer La belle histoire d’une vieille chose et La Maison rouge. Les deux albums ont une structure similaire (un objet personnifié, un récit au « je » mais les émotions transmises sont très différentes. Cela ouvre une discussion riche : vieillir, c’est aussi vivre avec des obstacles, et chacun réagit différemment. Les aînés peuvent être des modèles précieux pour comprendre comment on affronte les épreuves de la vie.

Un classique ! Mais tellement intéressant à comparé avec La maison rouge, ci-haut. Le vieux Thomas vit seul, replié sur lui-même, grincheux, blessé par son passé. Tout comme La Maison rouge, il repousse quiconque tente d’entrer dans sa vie. Mais l’arrivée d’une petite fée malade vient fissurer sa carapace. Peu à peu, Thomas redécouvre la joie de ne plus être seul, même si cela l’effraie encore.
En classe : travailler le parcours émotionnel du personnage : rejet, peur, ouverture, transformation. On peut inviter les élèves à écrire un court récit où un personnage âgé, marqué par ses blessures, retrouve peu à peu envie de s’ouvrir aux autres. On peux également revenir sur les 3 albums (La belle histoire d’une vieille chose, La maison rouge, Le vieux Thomas et la petite fée) pour dénoter l’un des thèmes principaux: la solitude.
Pour aller plus loin, suite à ce trio :

Un coup de coeur bien connu des enseignants su 3e cycle. Si vous avez abordé la vieillesse en octobre, ne manquez pas de présenter cet album en décembre! À noter : il est long et exigeant cognitivement pour les élèves (je le lisais sur 2 périodes). Il nous plonge dans le quotidien d’une vieille dame prisonnière de ses peurs et de son anxiété. Marguerite préfère rester seule à Noël plutôt que d’affronter le monde extérieur pour rejoindre ses proches. Un imprévu l’amène à recevoir des visiteurs inattendus. Les illustrations rétro nous amènent vraiment dans le passé, un plus!
En classe : lire cet album et laisser place aux échanges. Les discussions peuvent porter sur les peurs des personnes âgées (santé, blessure, sécurité, solitude, isolement) et sur toutes sortes de nouvelles connaissances que les élèves vont faire en écoutant la lecture. On en apprend implicitement beaucoup sur les médicaments, le deuil, les souvenirs, les habitudes des personnes âgées, la religion, et bien plus.

Vous connaissez peut-être Bagages? Dans cet album tout en poésie, Simon Boulerice relate des petits bouts de vies de personnes âgées. De son côté, l’illustrateur Rogé rend hommage aux visages marqués par le temps. Le message clé qui me vient en tête : la vieillesse n’est pas seulement un récit linéaire, mais de petits fragments qui font une vie entière.
En classe : Lire quelques poèmes à voix haute et inviter les élèves à réagir aux images et aux mots (pourquoi avoir choisit ce souvenir, selon vous?). Proposer aux élèves d’écrire leur propre poème inspiré d’un grand-parent ou d’une personne âgée qu’ils connaissent. Travailler le lien entre texte et illustration : comment Rogé illustre-t-il les émotions qu’on ressent dans le texte?

Bon, ici ce n’est pas un album, mais un roman biographique pour vos élèves qui veulent aller plus loin dans cette thématique. On y découvre cette femme exceptionnelle qui a marqué le Québec et qui vient tout juste de fêter ses 100 ans. Pour moi, Janette Bertrand est une mémoire vivante : son parcours témoigne des transformations sociales majeures, notamment autour du féminisme et de l’égalité.
En classe : utiliser le roman comme point de départ pour explorer d’autres médias, comme la capsule de Radio-Canada (MAJ) sur l’histoire du féminisme racontée par Janette.
Pour vous procurer les albums dont il est fait mention dans l’article: